En attendant l’année dernière

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En attendant l’année dernière from Florent Deloison on Vimeo.

 

En attendant l’année dernière est une installation qui se présente sous forme d’une télévision, semblable à celles qui ornaient tout salon digne de ce nom chez vos parents ou vos grands-parents, affublée de son napperon ou du portrait des enfants. A la différence que ce téléviseur est condamné à rediffuser en boucle le journal de 20 heures d’il y a trente ans, exactement jour pour jour. Si vous l’allumez le 10 Octobre 2014, vous regarderez le journal télévisé du 10 Octobre 1984, et ainsi de suite, comme si l’histoire se répétait, comme si cet objet d’une autre époque avait traversé les années avec son contenu originel, créant ainsi un décalage temporel.

Cette installation a été présentée à l’occasion de l’exposition « Obscolescence déprogrammée » qui s’est tenue à Chevilly-Larue (94) en octobre 2014.

En attendant l’année dernière (Now Wait for Last Year) is an installation consisting of a TV, like those that adorned the living room of your parents or your grandparents. The difference is that this TV is condemned to repeat in loop the news from thirty years ago. If you turn it on October 10, 2014, you will watch the news of October 10, 1984, and so on, as if history repeated itself, as if this object of another era had travelled through the years with its original content , thus creating a time lag.

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D’un point de vue technique, les vidéos de chaque journal, après avoir été récupérées et retraitées grace à un script ont été stockées sur la carte SD d’un Raspberry Pi relié à la télévision. Le Raspberry Pi, muni d’une horloge (RTC ), vérifiait constamment la date du jour, et diffusait ainsi la vidéo correspondante. Les vidéos des journaux télévisés sont issues du site internet de l’INA. Etant donné qu’aucune API n’est disponible, j’ai du ruser pour trouver un moyen d’automatiser la récupération des vidéos.

La télévision, tout comme la radio est un appareil creux, sans mémoire, qui est juste capable de relayer des flux, mais n’en garde aucune trace.

J’adore les histoires paranormales autour des postes radios ou de télévisions hantées, permettant les communications avec l’au-delà (on pensera par ailleurs au nécrophone d’Edison ou bien au dispositif imaginé par Philip K Dick dans le roman Ubik et qui permet de communiquer avec les morts placés en « demi-vie ».). Je me souviens avoir lu il y a plusieurs année un fait divers à propos d’un poste TSF qui aurait mystérieusement diffusé l’appel du 18 juin du général De Gaulle sur Radio-Londres (impossible de remettre la main sur cet article).

J’avais assisté en 2008 à une conférence de Martin Howse, un artiste anglais qui est intéressé par la nature et la portée du rapport qui existe entre les logiciels et la terre, et entre le psychisme et les phénomènes géophysiques. Dans une série de projets, il avait mis au point des dispositifs pour tenter d’enregistrer les traces sonores et autres voix qui seraient restés « gravées » dans la terre ou les airs, en des lieux hautement symbolique du nazisme, (Nuremberg ou Peenemünde (lieu de production des v1 et v2)).

Parmi mes sources d’inspirations se trouve également le chronoviseur, inventé par un moine mystificateur, Pellegrino Ernetti. Il s’agissait d’un appareil ressemblant fortement à une télévision (quoique personne n’ait pu voir l’engin fonctionner…) , mais capable de retransmettre des images et des sons d’évènements historiques (crucifixion du Christ, ou représentation d’une tragédie grecque aujourd’hui disparue).

Par ailleurs, j’ai toujours été fasciné par les décalages temporels, les effets de rémanences ou de boucles, en témoigne d’anciens projets tels que 9/11 Loop et The Zone .

Enfin, il y a surtout le souvenir de la télévision chez mon pépé et ma mémé, étincelante dans son manteau d’imitation bois et de métal, et dont les boutons n’étaient accessible qu’une fois ouvert un petit panneau fermant à clé. Cette télévision, surtout, permettait de regarder M6 et La Cinq (celle de Berlusconi), tandis que la vieille télé chez mes parents ne captait que les trois premières chaînes. Souvenirs d’avoir assisté à des événements historiques important (chute du mur de Berlin, guerre du Golfe (avec un flash spécial de TF1 intervenu en plein pendant un épisode de l’Agence tous risques)…), sans parfois en comprendre la portée, bien au chaud dans le cocon rassurant du salon familial.

Pendant l’exposition à Chevilly, j’ai adoré observer ces vieux messieurs, avachis dans le canapé défraichis, se remémorer les nouvelles d’il-y-a-trente-ans à grand coup de « ah mais j’me souviens quand ça c’était passé ! », ou bien encore ce groupe de gamins d’une dizaine d’année hurler de joie et exulter devant un but de Platini comme si il avait eu lieu quelques instants auparavant.

 

Bonus

Mon passage dans l’émission Tracks, sur Arte du 8 Novembre 2014, où je cause de code, littérature et hamsters:

 

 

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